L’ancien premier ministre civil du Mali, Choguel Kokalla Maïga, a été placé en garde à vue mardi, dans un climat politique marqué par une vague d’arrestations visant des figures militaires et civiles accusées de complot contre la junte. Limogé en novembre 2024 pour avoir critiqué le pouvoir militaire, Maïga est désormais visé par une enquête pour atteinte aux biens publics, sur la base d’un rapport du Vérificateur général.
Plusieurs de ses anciens collaborateurs, dont son ex-directeur de cabinet et trois anciens directeurs administratifs et financiers, sont également détenus.
Cette arrestation illustre la dérive autoritaire d’un régime qui, depuis les coups d’État de 2020 et 2021, a concentré le pouvoir entre les mains des militaires tout en réduisant drastiquement l’espace démocratique. Figure centrale du mouvement M5-RFP qui avait contribué à renverser l’ex-président Ibrahim Boubacar Keïta, Choguel Maïga avait rompu avec la junte en dénonçant des détentions arbitraires et un verrouillage du jeu politique. Sa mise en cause apparaît autant comme une manœuvre judiciaire que comme un signal adressé à toute voix critique.
Pendant ce temps, le Mali reste enlisé dans une double crise sécuritaire et économique. Les violences jihadistes, toujours plus meurtrières, continuent de frapper le pays, tandis que la junte se détourne des partenaires occidentaux pour se rapprocher de la Russie, au nom d’un souverainisme qui sert aussi à justifier l’étouffement des libertés.
Sans calendrier pour un retour au pouvoir civil, la garde à vue de Choguel Maïga marque une étape supplémentaire dans la consolidation d’un régime où contestation et pluralisme sont désormais synonymes de risque judiciaire.

